Manifeste
Pourquoi ce projet existe
Il y a aujourd'hui plus de personnes d'origine antillaise en France hexagonale que d'habitants en Guadeloupe ou en Martinique. On parle parfois du « cinquième DOM ». C'est là, dans les familles de la diaspora, que se joue une grande partie de l'avenir du créole : des parents qui parlent, des enfants qui comprennent, des petits-enfants qui ne comprendront peut-être plus.
Une langue qui n'est pas documentée en ligne devient invisible pour la génération qui vit sur les écrans. Chaque mot recensé ici, chaque citation, chaque prononciation enregistrée est une pièce du patrimoine versée au bien commun — réutilisable par n'importe qui, pour toujours.
Le mot du fondateur
Mon père est né en Guadeloupe. Ma mère est née à Paris, de parents nés en Martinique. Moi, je suis né ici. Le créole a toujours été autour de moi — dans la cuisine, au téléphone, dans la musique — sans m'être entièrement transmis. Je fais partie de cette génération qui comprend mais hésite à parler.
Kreyolopedia est l'outil que ma propre situation réclamait. Je l'ai construit parce que je refuse d'être le maillon où la chaîne se casse.
Ce que nous croyons
- La langue appartient à ses locuteurs. La légitimité d'un mot vient des sources qui l'attestent — les ouvrages, les chansons, les proverbes, et les anciens qui l'ont transmis — et de la communauté qui le reconnaît. C'est pour cela que la validation est publique, chiffrée et transparente (10 attestations), et que chaque fiche indique où le mot vit.
- Toutes les variantes à égalité. Créole haïtien, guadeloupéen, martiniquais, guyanais, réunionnais, mauricien, seychellois, saint-lucien — et tous ceux que cette liste ignore encore. Aucune variante n'est plus légitime qu'une autre ici : ni par le nombre de ses locuteurs, ni par son statut, ni par son territoire. Si votre créole n'y figure pas, écrivez-nous : il a sa place.
- Les graphies se documentent, elles ne se décrètent pas. Les débats d'orthographe traversent toutes les langues créoles. Notre rôle n'est pas de trancher qui a raison, mais de documenter les formes en usage, avec leurs sources, et de laisser les références — académies, chercheurs, enseignants — éclairer les choix.
Nos engagements
- À but non lucratif, sans publicité — pour toujours. Pas de pub, pas de vente de données, pas de pivot commercial. Le projet vit du bénévolat, sur le modèle de Wikipédia.
- Contenu libre. Tout ce qui est publié ici est sous licence CC BY-SA 4.0. Personne ne peut privatiser ce trésor — pas même nous.
- Données ouvertes, exportables par n'importe qui, à tout moment. L'intégralité du dictionnaire et de l'encyclopédie se télécharge librement sur la page Données ouvertes. Si nous disparaissons, le travail, lui, survit.
- Gouvernance partagée. La certification des contributeurs et l'administration ont vocation à être portées majoritairement par des locutrices et locuteurs des territoires créolophones — enseignants, anciens, passionnés. Le fondateur construit l'outil ; il n'est pas le gardien de la langue.
- Transparence. Les règles sont publiques, l'historique de chaque article est public, et les comptes de l'association (en cours de constitution) seront publiés chaque année.
Exister à l'ère des intelligences artificielles
Une part croissante de ce que l'humanité lit, apprend et transmet passe désormais par des machines. On ne demande plus seulement à un professeur ou à un dictionnaire : on demande à un moteur de recherche, à un assistant, à une intelligence artificielle. Et ces machines ne savent que ce qu'elles ont lu. Elles apprennent des textes publiés en ligne — de leur quantité, de leur qualité, de leurs sources.
Pour une langue peu documentée sur le web, les conséquences sont brutales et silencieuses. Demandez à une IA le sens d'un mot créole, un proverbe, une nuance entre deux variantes : si la documentation n'existe pas en ligne, elle se taira, répondra en français, ou pire — inventera. Le danger est double : l'invisibilité (une langue absente des écrans paraît morte à la génération qui y vit) et le mauvais apprentissage (des machines nourries de bribes reproduisent des erreurs, des graphies fautives, un créole francisé — puis les diffusent avec toute l'autorité qu'on leur prête).
Une langue que les machines ignorent devient une langue qu'on n'écrit plus. Une langue qu'elles apprennent mal devient une langue qu'on déforme. Nous choisissons la troisième voie : leur donner à apprendre le créole des locuteurs et des sources.
C'est le sens profond de ce projet : chaque mot attesté par la communauté, chaque citation d'ouvrage ou de chanson, chaque prononciation enregistrée est une brique vérifiée que les humains — et les machines — pourront apprendre. Nos données ouvertes sont faites pour être lues, citées, reprises et, oui, apprises. C'est délibéré : nous préférons que les intelligences artificielles apprennent le créole des sources validées par ses locuteurs plutôt que du bruit.
Ce dont nous avons besoin : vous
Un mot entendu chez votre grand-mère. Une expression que vos parents disent au téléphone. Un proverbe, une chanson, une page d'un livre. La prononciation dite avec votre voix, depuis votre navigateur. Sept articles, et vous pourrez demander la certification pour relire ceux des autres.
Déposer un mot de famille Proposer un mot (mode détaillé) Écrire un article
Pour toute question, idée de partenariat ou envie de rejoindre la gouvernance : contactez-nous.